Didier Gallot, vice-président du TGI réagit à la grève des magistrats

Louis GallotRTL, 10 février

Didier Gallot, vice-président du TGI des Sables d’Olonnes était l’invité de l’émission « Le choix d’Yves Calvi » du 10 février dernier sur RTL.

(…) Vous expliquez récemment dans le Figaro que l’on ne peut pas opposer des statiques à la douleur d’un père ; je pense au Général Schmitt, sa fille a été assassinée dans le RER d’une trentaine de coups de couteau par un récidiviste, cela veut dire quoi quant au mouvement des,magistrats que vous ne suivez pas aujourd’hui ?

Cela veut dire que les présupposés sont faux. Les gens qui étaient relâchés en liberté conditionnelle récidivaient moins que les autres. Or l’analyse de base est fausse. Pourquoi ? Parce que le plus angélique des juges d’applications des peines, il y a 15 ans ne relâchait pas un certain nombre de fauves dont il était certain qu’ils récidiveraient donc on lâchait ceux qui étaient entre guillemets « ré insérables » et pour les autres on les gardait jusqu’en fin de peine

Vous, vous empruntez le terme de fauves, vous y avez été confronté,vous en croisez dans votre travail ?

J’en ai croisé, il n’y en a pas beaucoup.

Cela veut dire que le problème de la récidive n’a pas de solutions ?

Il y a des gens qui récidiveront toujours car ce sont des petits faits. Je parle de l’immense masse des récidivistes de notre clientèle, nous nous disputons notre clientèle aux hôpitaux psychiatriques. Pour les fauves, ils ne sont pas excessivement nombreux mais une fois qu’ils sont identifiés ils ne peuvent jamais sortir de prison.

Concernant les moyens, vous déclarez aux magistrats qu’il ne faut pas apprendre la charité avec le sang des autres ?

Une formule un peu ancienne qui prend à partie la politique qui a été mise en place il y a une vingtaine d’années sur la réinsertion obligatoire, si vous voulez, la peine de prison, la justice doit réinsérer sinon elle a échoué or nous sommes chargés de rattraper tous les échecs de notre société : ce n’est pas possible ce n’est pas notre mission la justice n’a jamais réinséré personne.

On ne fait pas de bonnes justices avec des sentiments ?

Non, on ne fait pas de bonnes justices avec des sentiments, qui ne correspondent pas à la réalité d’une clientèle. Hier, j’ai un ancien braqueur qui me téléphone : « je vous ai vu à la télévision, le contrôle judiciaire avec mise à l’épreuve ce sont des conneries complètes, moi, j’allais signer le matin j’allais braquer l’après-midi » cela sont des délinquants structurés, ce sont des hommes debout.

Maintenant nous n’avons plus à faire qu’ à une sorte d’individus qui va d’hôpitaux psychiatriques en justice (…)

Que dites-vous à vos confrères qui manifestent aujourd’hui ?*

Avant de demander des moyens supplémentaires, avant de demander des personnels supplémentaires, demandez-vous à quoi je sers, pourquoi j’ai l’impression de faire mon boulot ? Parce que j’accumule les procédures, je traite, je traite, je traite, à quoi je sers ?
La réinsertion, c’est un type de 25 ans qui rencontre une nana  et qui nous échappe complétement c’est fini, on le récupère 10 ans éventuellement après, c’est cela la seule réinsertion, la seule ! (…)

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