Libération, 28 février
Faux gardien de prison et vrai journaliste : Arthur Frayer est devenu maton pour infiltrer le milieu carcéral. Il en tire un livre inédit à paraître mercredi.
«Ils regardent tranquillement Canal + pendant que nous, on cavale dans les coursives !»
(…) «Depuis qu’il est maton, Michel a fait une croix sur certains lieux des environs, comme le centre commercial d’Evry 2 ou le Leclerc de Grigny : « Pour ne pas rencontrer de voyous. » Il y a d’anciens détenus qui seront supersympas s’ils le croisent dans la rue, ils pourraient même aller boire un verre ensemble, mais d’autres lui chercheront des embrouilles. La semaine dernière, il était au supermarché quand il en a aperçu un. Il a demandé à sa femme, qui l’accompagnait, de se cacher dans les rayons, du côté des produits de toilette, et il a fini seul les courses.»
Il y a d’abord la déconsidération. Celle qui amène les surveillants à se marier entre eux, à faire un foot ou un barbecue uniquement entre collègues. Souvent, les surveillants se comparent aux détenus. Eux aussi vivent un enfermement : «L’un des stagiaires de ma promo s’est suicidé depuis sa sortie d’école, témoigne Arthur Frayer. Un surveillant de Châteaudun est également passé à l’acte depuis que j’en suis parti.»


Eh oui ! ce n’est pas une sinécure d’être surveillant de prison. Il est, lui aussi victime du laxisme de la Justice envers les délinquants. Certains ex-taulards veulent régler des comptes avec des surveillants de prison ou s’en prennent aux membres de leur famille ou à leurs biens. les voyous ne craignent pas le milieu judiciaire et pénal. Les surveillants pénitentiaires devraient confier beaucoup plus souvent leurs souffrances au grand public.