Jean-Maxime Baye, 20 novembre 2011
Océane, tu avais un prénom qui allait si bien avec tes grands yeux clairs. Tes yeux qui se sont fermés sur l’horreur infligée par un être abject.
Et toi Agnès, au joli visage mutin et un brin boudeur entourée de cheveux châtains,
tu viens de prendre le sinistre relai sous la faux de la faucheuse, martyrisée par un « camarade » d’internat dont nul ne savait qu’il avait déjà violé, dans un autre département, une autre jeune fille, déjà dans des conditions sordides, et qu’il fallait réinsérer avant même que de l’avoir jugé pour son premier crime.
Des êtres que la société protège, bien plus qu’elle ne vous a protégées.
Vous n’avez eu aucun avocat, au cœur de ces soirées sinistres, pour vous défendre
Ils ont eu un avocat, dès le début de leur garde à vue au demeurant.
« C’est nouveau », « çà vient de sortir », pour renforcer les droits de l’homme
Pas ceux des enfants, pas ceux des victimes, jamais ceux des enfants et autres victimes…
Océane, il t’a terrorisée, violentée, étouffée et lardée de coups de couteaux, et pour toi, Agnès, retrouvée incendiée, le procureur, par égard pour ta famille, n’a pas souhaité révéler les conditions de ta mise à mort.
Se prendre à songer à vos derniers instants, à vos dernières pensées, c’est entrouvrir les portes de l’enfer.
(…) Océane, Agnès, votre corps est froid et vos yeux éteints, à perpétuité, comme la douleur de vos proches.
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Pour lui, il paraît que la perpétuité serait inhumaine : 22 ans, 30 ans de prison peut être, si le tribunal veut bien reconnaître qu’en plus de vous ôter la vie, il vous a torturées ou violées, voilà le « prix » judiciaire estimé de la vie d’un enfant massacré.
Le plus atroce des crimes et, en contrepoint, la plus dérisoire des peines, dans l’absolu, car il ne faut surtout pas que vos assassins désespèrent de l’avenir….c’est ce que nous expliquent les grandes consciences humanistes autoproclamées.
Elles viendront nous expliquer que vingt deux ou trente ans, cela sera de toute façon très long pour votre bourreau. Comment le réinsérer ensuite ? Parce que les grandes consciences humanistes n’ont que le mot réinsertion à la bouche au risque de donner un nouveau permis de tuer un autre enfant…
Mais de cela elles se moquent les grandes consciences humanistes qui toisent avec mépris les pauvres « vengeurs- coupeurs de tête » qui n’ont que le tort de s’ouvrir à l’émotion, et qui n’ont, selon elles, que la « vengeance » à la bouche et dans le cœur.
L’émotion, un mot qu’elles détestent, comme elles détestent qu’une victime (ou sa famille) vienne exprimer sa souffrance et crier sa révolte. Cela fait désordre. ..
Les grandes consciences humanistes ne s’émeuvent jamais, la raison froide et glaciale est leur crédo.
Parce qu’une petite fille, une adolescente, une jeune femme torturée ne doit pas émouvoir, mais un criminel en attente d’exécution aux USA, un détenu qui se plaint de l’enfermement, alors là oui, oublieuses de la raison, elles sont prêtes à mobiliser le monde entier, au prix d’un déferlement de pathos émotionnel et, parfois, des pires manipulations de l’information.
(…) Vos familles, Océane, Agnès, sont dans une grande souffrance. Qu’à cela ne tienne : on va organiser, on a organisé, pour canaliser l’émotion, une marche blanche. Il y a toujours des organisateurs prêts pour cela.
Mais quel est le sens de ces « marches blanches » qui se précipitent de manière quasi systématique dans les rues à chaque nouveau drame sinon, au moins pour partie, et au-delà de l’émotion sincère de nombreux participants , de « moudre du compassionnel » pour faire oublier que nos « élites » politiques ont capitulé devant la violence sauvage puisqu’elles ne veulent plus la combattre, mais l’expliquer et lui trouver des circonstances atténuantes en la médicalisant, en la psychiatrisant , en la « sociologisant » avec tant d’ erreurs de diagnostics à la clef….
Vous rendre hommage ce n’est pas simplement vous pleurer car on ne fait pas une Politique digne de ce nom pour protéger, prévenir, et punir, avec le seul compassionnel.
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De fait, votre assassin, Océane, Agnès, aura droit à un procès dans les règles, et même à deux s’il s’estime trop lourdement puni la première foi. Des ténors du barreau se disputeront peut être l’honneur de le défendre. C’est toujours bon à prendre pour la notoriété. Et, au fil de leurs plaidoiries, il deviendra le plus pauvre homme de la terre, la pauvre victime d’une société qui n’a pas su le soigner, voire, pourquoi pas, de parents mal aimants ou d’un pédophile anonyme, c’est toujours bon à placer, et si difficile à contredire….même si cela peut aussi, parfois, avoir joué un rôle.
Mais, à qui, vous, avez-vous pu faire appel lorsque vous avez été entre les mains cruelles de votre bourreau ? Quelles circonstances atténuantes avez-vous pu invoquer auprès de lui pour atténuer sa férocité ?
Même pas celle d’être une enfant, une adolescente, sans défense, innocente, et suppliante aux grands yeux emplis de terreur.
Et puis, de toute façon, vous étiez sa chose, vous n’étiez pas pour lui un être humain qui souffrait.
Je sais, je ne devrais pas écrire cela : toujours l’émotion…..cette putain d’émotion, si mauvaise conseillère, paraît-il !…
Après un, voire deux procès, qui auront ouverts à vif les plaies béantes dans le cœur et l’esprit de vos parents, de vos familles, le rideau (re)tombera. Tout sera rentré dans l’ordre social. Votre assassin aura eu sa punition bien calibrée et judiciairement correcte parce qu’elle ne sera de toute façon jamais appliquée. Les psys, les avocats, les juges, les jurés, l’avocat général auront bien travaillé, chacun dans leur rôle, leur comedia del arte judiciaire.
Et vos parents, à défaut d’avoir pu recueillir la moindre explication ni même peut-être la moindre parole de regret (ne parlons même pas de pardon) auront sans doute l’indemnisation de la CIVI, « pour solde de tout compte » comme si l’argent pouvait racheter la douleur et compenser l’absence de vraie Justice….
Mais il est vrai que nos sociétés sont devenues très expertes pour « gérer » les victimes (ah les omniprésentes cellules de soutien psychologique…) à défaut de tout mettre en œuvre pour qu’il y en ait le moins possible…
Et d’ailleurs pourquoi votre meurtrier feindrait-il de regretter, pourquoi se résoudrait-il à demander pardon puisque il sait parfaitement que plus rien de fondamental ne peut lui advenir !
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Le jour de vos obsèques, il y a eu, il y aura eu, beaucoup d’émotion, de pleurs, de douleur, sans doute des roses blanches sur vos cercueils, peut être les bonnes paroles du prêtre…
Et puis vous partirez, à huit ans, à treize ans – c’est si jeune et si injuste de fermer les yeux à huit et treize ans – vers votre dernière demeure. Les mots ont-ils encore un sens devant l’absurdité du monde qui enferme des visages d’enfants sous la chape froide et glaciale d’une pierre tombale, fut-elle couverte de fleurs et d’ex votos bouleversants.
Vous venez de prendre place, Océane, Agnès, alors que vous aviez tant à vivre, dans l’interminable martyrologue des enfants massacrés, dans ce cortège de sourires espiègles ou graves, mutins ou enjoués, à jamais figés mais qui restent si vivants dans le cœur et l’esprit de celles et ceux qui se souviennent et ne veulent pas vous oublier :
Car l’oubli est une deuxième mort. Et vous êtes une telle puissance de vie éternelle…
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Et c’est cela, peut être avant tout cela, que nous voulons hurler à la face en cire de ses politiciens frileux et tellement lâche, de ses journalistes qui s’autocensurent autant qu’ils censurent toute expression d’ opinion « incorrecte », de ces experts qui ne cessent de se tromper à l’abri de leur incompréhensible jargon, de ces magistrats qui se défaussent et se protègent de toute leur puissance corporatiste, de ses avocats qui ne sont jamais à court d’une leçon de morale assénée avec toute la morgue que leur confère la robe noire…..
Pardonnez moi, Océane, Agnès, et vous toutes et tous, chers enfants assassinés ou disparus, qui peuplez de vos visages dont le souvenir ne peut s’effacer, depuis vingt trois ans, un combat difficile et douloureux, de m’emporter ainsi.
Mais si même la souffrance et la mort injuste et cruelle d’un enfant ne parvient plus à mobiliser l’âme, la conscience, l’esprit, et le cœur, alors mieux vaudrait que notre lâcheté calculée prenne la place de votre jeunesse si avide de promesses sous cette pierre tombale qui scelle l’espoir et emprisonne l’espérance.
Fontainebleau, Dammarie, le 20/11/2011
Jean Maxime BAYE
Président de l’Association Enfance et Sécurité (1)
(1) Auteur du live : Des Enfants assassinés. Témoignages et dossiers (FAYARD-Le Sarment : 1999)
A noter : des coupures ont été faites, avec l’accord de l’auteur sur le principe d’être coupé. L’intégralité de la lettre peut être communiquée sur demande


Monsieur Hollande,
Je me permets par la présente de vous faire remarquer que les conditions de remises en liberté des récidivistes doivent être prises extrêmement au sérieux et que toutes les personnes ayant commis des actes de violence sexuelles ou autres sur des enfants ou des personnes adultes, susceptibles de récidiver doivent faire l’objet de sévères jugements et ne pas être remis dans la nature en fin de peine, pour recommencer leurs méfaits.
Je ne pense pas que les français soient d’accords pour que de telles mesures laxistes soient prises devant des problèmes aussi graves.
Notre justice ne doit pas devenir « une justice bananière », les actes de délinquances et de violences allant crescendo, il faudrait plancher beaucoup plus longuement et sérieusement sur ces problèmes avant de prendre des décisions aussi alarmantes pour la population.
christiane F